21 juillet 2007
Botsa ou les carnets d'un goûteur
J’ai toujours eu l’impolitesse de commencer à manger le premier, en tête à tête comme lors de banquets de trois cents personnes. Pourtant, mes parents m’avaient appris à attendre que tout le monde soit servi.
Tout d’abord, je vous remercie de m’accorder votre attention. Je
m’appelle Botsa. Je viens d’un pays très lointain où j’ai exercé, dans un
palais, le métier de goûteur du roi, ce qui nécessite une entière vocation. J’avais
la curieuse et intime sensation de donner la vie à chaque fois que je précédais
mon protégé ! L’idéal de tout goûteur est d’ailleurs de mourir pour sauver
son maître…Disons que je n’ai jamais été très pressé.
Évidemment, je n’ai pas débuté tout
de suite goûteur de sa Majesté ! Bien des fois, ô mon foie, je crus que
les plats avaient vraiment été empoisonnés. Aujourd’hui, je ne regrette pas d’avoir
ingéré des purées de nénuphars ou autres coulis d’orties. Cela a fait partie
intégrante de ma formation. Un guerrier ignorant la blessure demeure
vulnérable, tout adroit qu’il est.
Je vous propose maintenant de vous
raconter comment j’ai goûté à la vie.
Pour lire une partie de la suite :
Site_Points_de_suspension
15 février 2007
Meurtre d'une dinde...
21h30. Toute la famille allait rentrer de la messe de minuit d'une minute à l'autre, enfin dans moins de trois quart d'heure. Le vieux carrillon de grand maman semblait TicTacquer plus vite que d'habitude, et l'aiguille inquisitrice cavalait autour du cadran comme un canasson fou avec le feu au cul. Tout ça me tapait sur le système. Le four n'en finissait pas de dégueuler une fumée épaisse, ça puait le cadavre, et la dinde à l'intérieur n'était plus qu'un bout de charbon. Et comme chacun sait le charbon c'est cancérigène. Hors de question de lui servir ça à la famille, ce serait criminel. C'était le premier qu'on fêtait à la maison de noël. Alors le ton est monté, un peu. C'était de sa faute après tout à ma femme s'il ne lui restait rien sur l'échine à rousiguer à la dinde. Ça ne servait à rien de s'engueuler de toute façon, le problème restait entier, et puis ce serait dommage justement ce soir là, valait mieux garder ça pour demain. Quoiqu'il en soit on ne pouvait pas acceuillir toute la famille sans dinde de noël, la première fois en plus. J'ai vidé ma femme, lui ai farci le cul et l'ai foutu dans le four. Je me suis bourré une petite pipe que je suis allé fumer dans mon fauteuil en cuir en attendant. J'étais soulagé.
Encriture, mode d'emploi
Faut faire baver la plume pour de l'encriture De l'encre et des ratures Du cran et des bavures Lâcher l'ancre au large et cracher Aux quatres vents Si par malheur l'encrier crie famine au bout d'oie Enfoncez-lui bien au fond de la gorge une paire de doigts Après avoir crier, si l'encre ne coule pas Faut vous tailler les veines et continuer comme ça !
08 février 2007
Ventriloquer
Un jour en cherchant la clé, la concierge de l'immeuble trouve un fil à retordre serré autour d'une clé. Ne pouvant défaire le fil, elle donna telle quelle la clé enfilée au locataire. Sachant l'ascenseur en panne, il monte les sept étages d'un pas dynamique. Sur le pas de la porte, bien sûr la clé se tord de rire dans une serrure qui n'est pas la sienne. Le locataire, mécontent, a eu une envie folle de tordre le coup de cette satanée concierge. Il descend quatre à quatre les sept étages et se retrouve à la cave. Perdu dans le noir, il trébuche et s'accroche in extremis à la canalisation d'eau qui explose sous la pression du corps avachi.
L'eau coule à grand débit sur les escaliers, la cave se remplit à bonne allure. Aggripé aux pierres du mur, le locataire se lève prudemment pour ne pas glisser, remonte jusqu'à la porte qui donne sur le rez de chaussée.
La porte est fermée. N'en croyant pas ses yeux, il ne panique pourtant presque pas ; ce qui n'est pas mal en soi car sa peur dans ce lieu n'est pas nouvelle et même ancienne. En fait, ce lieu s'appelle la panique. A la fois fier d'y être, sans être absorbé par le sentiment, et aussi à l'aube de ressentir ce manque d'air si caractéristique de l'oppression, le locataire décide de crier pour se faire entendre, au moins de la concierge qu'il ne veut plus étrangler. Le cri reste à l'intérieur, ne sort pas ou alors s'étrangle pour ne pas exister. L'eau monte. Ses chaussures se remplissent ; ses pieds trempent, déjà. Il doit trouver quelque chose, n'importe quoi pour le sauver, pour ouvrir cette porte. Ses poches, son sac, il regarde, cherche, tatonne partout. Une clé! une petite clé au fond de son sac... La serrure est bien trop grande!!.. Le locataire regarde la porte. Il voit une chaîne passée d'un cadenas et une toute petite serrure!.. L'espoir l'enivre, il faillit faire tomber la petite clé dans l'eau recouvrant maintenant la plus haute marche. À bout, il se concentre, il entre la clé, tourne, tire le pêne en arceau ; ça s'ouvre! il dégage la chaîne, pousse la porte, court vers le vestibule, frappe la porte de la concierge, hurle "Madame! Madame!" au visage de la concierge interloquée par ce locataire mystérieusement causeur. "Qu'est ce que c'est que ça ? vous hurlez ! je peux vous entendre ! mais votre bouche ! elle ne remue pas ? elle est ouverte et elle ne remue pas !! s'affole la concierge.
19 janvier 2007
Séminaire
Ils ont de l’eau jusqu’aux genoux, les genoux dans l’eau et dans la boue. Epaisse, noire, dégueulasse la boue. Et eux y collent leurs pieds et les enfoncent. L’un après l’autre. Le gauche, le droit. Ils marchent, ils crèvent, ils vont crever. C’est sûr, ils vont tomber dans l’eau. Et alors la boue s’insinuera, jusqu’à la bouche, jusqu’aux yeux, jusqu’aux cheveux, et puis plus rien. « Quelle belle aventure ! » L’autre a dit ça avec le sourire. « Quelle belle aventure ! » C’est un connard. C’est un connard trempé et heureux qui répète : « Quelle belle aventure ». « Ta gueule ! » Celui de derrière. Lunettes de comptable policées et sages. Il était presque affectueux depuis le début et là il hurle « Ta gueule ! » Il est à bout le petiot. Les lunettes dans l’eau une fois, deux fois, dix fois. La comptabilité est à bout. Elle crie à bas les cons. Il crie et ça résonne partout comme un écho ; ou peut-être qu’il hurle encore et encore la même chose. Le troisième maintenant qui veut rendre service. « Chut, chut ». Gentil. Ils sont tous dans le même bateau. « Le même bateau ? » C’est le comptable qui a crié. « Le même bateau ? » Il en peut plus, il est fou. Il répète en riant, le même bateau, le même bateau. Et il en pleure de rire, comme ça là, les pieds dans la merde humide. « Connard ! » il finit par hurler au troisième, le gentil, le mou. Alors le dernier, le gros ; une montagne ce type, un paquebot qui fend les eaux, derrière lui des vagues gigantesques, ça houle et ça tangue. Le gros s’avance et dit ta gueule, mais pas comme l’autre, calmement quoi. Puis il écrase sa paluche monstrueuse sur le comptable. La tête plonge aussi sec. Peut-être pas jusqu’à la boue, non, mais pas loin. C’est juste pour le calmer, il fait. Du calme pour le gros. Pour le molosse. Y a pas que la tête dans l’eau forcément, lunettes à la mer onzième. L’autre s’étouffe. Le gros passe. Le connard du début dans le sillage du gros. Maintenant il y a donc le gros devant, le premier connard est deuxième, silencieux, après il y a le mou et loin, loin derrière tout ce beau monde, il y a les lunettes à la surface de l’eau. Sacré qualité ces montures. Elles flottent. Et dessous, si jamais on pouvait regarder sous l’eau, si jamais on pouvait ouvrir les yeux dans ce jus noir et visqueux, on verrait le comptable. Il a sa gueule de comptable dans la boue. Il a aussi son cul de comptable dans la boue. Aveugle et sourd maintenant, il n’a plus envie de rien ; de l’eau plein les poumons et la vie presque partie.
14 janvier 2007
Les tronches
Je suis collée à d'autres dans les sous-sols de la ville en train de
subir une attaque aérienne. Nous sommes là depuis un temps ébranlé,
suspendu. Evacués dans le tout-à-l'égout, nous avons marché longtemps
dans des galeries souterrainnes jusqu'à l'arrêt énigmatique de notre
grande colonne d'égarés.
Il
n'y a presque pas de lumière. Parfois la
flamme d'un briquet éclaire une tronche hallucinée. J'essaie d'avancer.
La foule compacte râle, immobile. Ma main distingue dans une poche
une boîte d'allumettes que je pourrai griller l'une après l'autre jusqu'à
chiper
un coin imprenable, câché.
Une tronche surgit à ma droite. Elle est
proéminente, graissée par la peur. Sa bouche ouverte ne parle plus. Je
pousse. Je repousse. Ma flamme me brûle les doigts. Je n'ai plus de
feu. Les tronches
inconnues se recouvrent de noirceur, progressivement noyées dans la
confusion, d'un
silence mêlé aux grognements. J'en grille une autre. Je repère une
tronche familière où la suspicion traîne comme à l'ordinaire. Une
goutte d'eau éteint la flamme. La canalisation suinte. Soudain, le
silence est presque total. Un gamin pleure en sourdine.
Alors un
vacarme se prend à résonner dans mes oreilles, longtemps rebelles au
signal d'une attaque épuisée. Les veilleuses s'allument l'une après
l'autre. Les tronches se découvrent coude à coude. La tronche difforme
s'affiche. La tronche sonnée au côté de la tronche orpheline ignorent
encore la sirène gueulante. Et puis la tronche friponne s'éclaire à la
nouvelle, appelle à décamper. Bobonne et sa tronche dégonflée interroge
le sens de l'alarme. L'ancêtre impose une tronche privée d'impatience.
Une fois de plus l'alerte claironne.
Le baratineur prend sa tronche
d'embrouillé. La lumière faiblit. Une à une les tronches s'effacent.
J'aperçois avant l'obscurité, une tronche vulnérable, un dernier miroir
pour une noctambule.
11 janvier 2007
Salam oualekoum
L'orange était marron puis le feu a coulé comme l'eau du Toubkal vers le lac d'Ifni. Sur la couture de la terre berbère, la montagne est adrar. La chaleur du jour sèche le shiba pour le thé de l'homme au baton de randonnée sur les chemins d'un village de l'Atlas. L'enfant cavalier et son mulet rentrent lorsque le voile du chapeau de l'ayyour se montre. La nuit le froid se chante "Brdr" dans la maison de pisé, terre rouge sombre paille et cailloux. A l'intérieur le four rassemble. Le tajine accueille les doigts trempant le pain dans la sauce encore doucement bouillonnante. Le thé en cascade glousse et mousse dans le verre, petit brasero pour des mains avides de chaleur...
01 janvier 2007
Dérapage
L’homme attend en caisse. Il regarde fastidieusement
la caissière. Elle avertit d’un signal l’arrivée d’une cliente un peu star marginale. Très rapidement, un responsable achemine la star pommée en caisse, derrière
l’homme. Alors que lui range ses provisions, la cliente montre
son billet de banque à la caissière qui dés lors enregistrera ces achats. L’homme part ;
son linge sèche dans une laverie automatique en bas de chez lui. Il attend la
fin du cycle de séchage. La pommée entre, s’assoit, ouvre sa boite de
ravioli, lance le couvercle dans la poubelle, attaque le contenu avec sa
fourchette en plastique, elle est concentrée. Il la regarde. Il lui souhaite
bon appétit. Elle ne répond pas mais s’arrête de manger. Elle attend la tête
baissée au-dessus de la boite de conserve. De la salive coule maintenant de sa
bouche et tombe dans la boite. Alors sa main de nouveau pique un ravioli. Elle
relève la tête qui se tourne vers l’homme à côté du séchoir. L’homme saisi suit
le mouvement du tambour. Dans le reflet de la vitre, il aperçoit les mains de
la femme maintenant à 10 centimètres de lui. Il fait face; dans les lunettes noires il peut se voir déglutir lorsque la bouche pincée s'ouvre et invite "tu partages mon repas?"
L’homme retourne au coeur de son enfance à l’instant précis
où le prêtre, debout, devant lui, prononce «reçois le corps du
christ». Lui, remerciant, ouvre la bouche et dit Amen.
15 décembre 2006
le pied
Paris le 15.12.2006
On me promit un pied Grec et on me laissa un pied bot ….
Un jour je me suis retrouvée au pied du mur. Je ne pouvais plus avancer allègrement à pied.
Ni nickelé, ni d’or, mon pied gauche était devenu pire que malhabile il était devenu bête…
Toute randonnée, toute promenade ou ballade étaient devenues une épreuve. Même l’idée de gober des pieds de cheval sur le port de Cancale un certain hiver 2002 ne pouvait me consoler des meurtrissures que m’infligeait ce pied à la con…
J’ai eu beau faire des pieds de nez à toute opération pendant des années, la triste réalité s’imposait à moi : il fallait que je me fasse casser le pied pour repartir bon pied bon œil dans mes pérégrinations pédestres.
O douleur ô souffrance par ceux la (les orthopédistes) qui les cassent à longueur de journée et à qui l’on enverrait bien, si notre respect et sociabilité ne nous l’interdisaient pas de furieux coups de pieds !
C’est ainsi qu’un petit matin blême de décembre, un chirurgien à pied d’œuvre allait prendre son pied à transformer mon auguste membre inférieur en pied de porc !
Il se tenait là dans le bloc opératoire, dans sa blouse bleue, de pied en cap bien décidé à me remettre sur pieds.
Je n’ai rien vu Dieu merci ! Je me suis réveillée avec la sensation bizarre qu’on ne m’avait pas marché sur les pieds mais plutôt piétinée.
Inutile de vous dire que je suis ressortie de la clinique à cloche pieds….
Désormais, et je remercie mon sauveur, tout un chacun est autorisé à essayer de me faire du pied sous la table.
Chers amis de l’atelier vous me retrouverez faisant le pied de grue et munie de mon pied de biche si Sébastien est en retard devant notre célébrissime pied à terre : le 89 rue Mouffetard
Et puis pour ceux qui aiment Molière :
On sait que ce pied plat digne qu’on le rabote
S’est poussé dans le monde dans de mauvaises bottes.
C’est un Bovary de rien du tout qui voulut
Sur le champ réduire l’irréparable outrage
Et du pied redressé tirer tous les hommages
D’une postérité louant ce trou du cul …..
Je ne marche plus !
02 décembre 2006
tirons à vue sur les spams...
Paris le 29 novembre 2006
Billet d’humeur
Le spam !
L’ email , nouvel art consommé et consommable de l’épistolaire, et ses effets pervers !....
Savez vous qu’aujourd’hui une polémique défraie la chronique du « tout petit monde » des utilisateurs de messagerie électronique ??
Si, si , entre les créateurs du mot Anglo-saxon et les suiveurs des pays du sud.
Un peu d’histoire je vous prie. Les Anglais, nos ennemis héréditaires, nous ont piqué, à nous Français, la malle poste, pour en faire leur propre courrier : le Mail.
Eh ! oui, cher lecteur, l’étymologie sert encore ; le mail vient de la malle… Ce n’est même pas moi qui le dit, c’est France Culture - alors !
Les French, aidés par leurs zélés cousins dogmatiques de la langue française, les Québécois,
nous proposent : le COURRIEL.
Ce courriel permet une déclinaison en négatif très intéressante : le POURRIEL (littéralement : pourriture de courrier électronique).
Ce pourriel devant devenir aux Français ce que le spam est au monde « world- wide », comme ils disent aussi.
Je hais, j’abhorre, j’exècre les spams, les pourriels de tout poil. Cette daube, au sens négatif du terme (parce que quand même une bonne daube bien mitonnée, il n’y a rien de meilleur) . Mais je m’égare …Toujours ces abus de langage.
Je disais donc, cette daube venue d’outre atlantique, et qui prétend rendre priapique 45% de l’humanité masculine, et dérider par voie de conséquence les fesses de 55% de la population féminine. Quand on sait, comme disait Brassens, que 95% fois sur cent la femme s’emmerde en baisant ! Quel gâchis ! Mais la DHEA proposée aux femmes devrait palier ce handicap. C’est ce que les tonnes monstrueuses de spam nous disent…
Encore si le spam ne faisait que passer sur nos écrans, comme une fulgurance poétique, peut-être pourrait-il nous éclairer fugacement, comme une comète ?
Mais, non, le spam est un morpion. Il s’accroche à votre boîte aux lettres, il faut d’abord le repérer, c’est facile il vous gratte les yeux, ensuite l’extirper en le surlignant, le supprimer en cliquant dessus . Quel boulot ! Il nous prend, il nous mange notre temps, notre moral et même nos désirs érotiques, à vouloir sans cesse nous proposer des béquilles, alors que vous et moi nous allons très bien de ce coté là…
N’est ce pas ? !
Et puis il y a une nouvelle race de spam qui a émergé. Génération spontanée. Ce sont les appels au secours issus de tous les pays africains.
Au début, avant que de repérer ces nuisances infectes, je pensais que les ONG nous envoyaient des messages humanitaires ; fi donc !
Si un million d’emails envoyés la nuit du Ghana par les nouveaux prédateurs de la toile phagocytent 100 gogos, c’est le jack pot.
Chaque médaille a son revers. A vouloir faire aller les mots plus vite que la lumière d’un émetteur à un récepteur, on a oublié le plaisir, la lenteur, la saveur d’une belle calligraphie, de mots bien pensés.
On est arrivé au pire. Aux mots pourris pour le dire : les POURRIELS. ô misère !
